• Alain Durand

Le Franquisme: un mal mineur ?


Collection particulière

Il y a quelques mois, un de mes fidèles clients et ami m’a contacté, non pas cette fois-ci pour un Survage, mais pour encadrer cette œuvre originale de Savador Dali datée de 1937. Je vous avoue que cela ne m’arrive pas tous les jours. Comme pour ses encadrements précédents, nous avons pris le temps de définir le type d’écrin qui sublimerait le mieux une telle œuvre. Après quelques discussions sur l’idée générale, nous avons opté, plan de coupe à l’appui, pour l’association de quatre baguettes. Après avoir défini leur teinte, le type de passe-partout, choisi plutôt velours et abordé la conservation de l’œuvre, j’ai pris quelques instants pour profiter de cette dernière. Un petit moment de solitude avec l’artiste. Et oui ! Je suis fasciné par le monde onirique de Dali.


Jeudi 13 septembre dernier, je lis dans la Presse que les députés espagnols ont approuvé le décret du gouvernement socialiste qui autorise l’exhumation des restes du dictateur Francisco Franco de son mausolée près de Madrid. Dans une Espagne où la mémoire de la guerre civile reste vive, cette décision a pour objet de tenter d’effacer le souvenir du franquisme. Pourquoi, je n’en sais rien mais je fais un lien avec cette œuvre, datée de 1937, en pleine guerre civile espagnole. Du coup, au même titre que je me suis interrogé – cf. ma newsletter de juin – sur l’attitude de Picasso pendant la guerre d’Espagne et la création de Guernica, je me suis intéressé à celle de Dali.


Comme certains d’entre vous, je possède de beaux livres consacrés à l’œuvre de ce génie de l’histoire de l’art mais pas grand-chose sur l’homme, à la personnalité très complexe. D’ailleurs, si l’une ou l’un d’entre vous a connaissance d’une bonne biographie, merci de me communiquer les informations. Peut-être « Salvador Dali - Double image, double vie » de Thierry Dufrêne ? J’ai donc multiplié les recherches, au début sans grand succès, jusqu’à découvrir un sujet de Bruno Tur, journaliste et historien, dans Slate.fr : « Salvador Dali, fou du dictateur Franco ». En voici quelques extraits.


« En octobre 2003, quelques mois avant le début des célébrations du centenaire de la naissance de Salvador Dali (1904-1989) en Espagne, le politologue Vicenç Navarro publiait dans El Pais une tribune qui dénonçait l’image d’artiste apolitique attribuée au peintre espagnol. Au contraire, écrivait-il, Dali n’avait pas seulement encensé le coup d’Etat militaire de 1936 qui a été à l’origine du déclenchement de la Guerre civile espagnole (1936-1939) ; il avait également défendu la sévère répression franquiste, qu’il jugeait d’ailleurs nécessaire « pour nettoyer le pays des forces destructrices de ce que l’Espagne a de meilleurs ». Une semaine plus tard, le dramaturge Albert Boadella lui répondait dans le même journal qu’il considérait que cet aspect de la vie du peintre lui paraissait « secondaire ou purement anecdotique », et que ses éloges du franquisme étaient à mettre sur le compte de « sa spontanéité compulsive », pour conclure que « son supposé franquisme n’est qu’un fait insignifiant de son existence ». La controverse m’intéresse, je poursuis la lecture pour me rendre compte que l’attitude de Dali est, pour le moins, très équivoque.


Après huit années passées aux Etats-Unis, Dali rentre en Catalogne en 1948 : « Je suis venu rendre visite aux deux caudillos d’Espagne. Le premier, Fransisco Franco. Le deuxième, Velàzquez ». Toujours dans cet article : « En 1964, Dali est officiellement adoubé par le régime lorsqu’il reçoit la plus importante distinction honorifique nationale, la Grande Croix d’Isabelle la Catholique. En 1971, à la télévision française, Dali présentait « la guerre » du « très honnête » Adolf Hitler comme une œuvre d’art. En 1975, il déclare à l’AFP que Franco « est le plus grand héros vivant de l’Espagne », que « c’est un homme merveilleux ». Et alors que le monde entier proteste contre l’exécution de cinq prisonniers politiques espagnols, Dali déclare, froidement : « En vérité, il faudrait trois fois plus d’exécutions que celles qui ont eu lieu. » Bon, particulièrement à charge.


Est-ce de la « spontanéité compulsive » ou l’apologie de la dictature ? Et au regard de tout cela, comment interpréter la présence de certains visages de dictateurs dans plusieurs de ses œuvres? Lénine – L’énigme de Guillaume Tell -, petite photo de Hitler – L’énigme de Hitler –, Mao peint façon Marilyn Monroe et bien sûr, le portrait équestre de la petite-fille de Franco offert à ce dernier.


Alors, que penser ? Cette apologie du franquisme peut-elle être considérée comme un aspect secondaire de sa vie, une provocation « à la Dali » ? Ou comme le conclut Bruno Tur : « Dali … n’a pas choisi d’utiliser sa notoriété pour dénoncer, comme d’autres l’ont fait, un dictateur et un régime qui ont tué, emprisonné, torturé et réprimé des centaines de milliers de personnes. Bien au contraire. Un détail ? Allez le dire, en Espagne, aux victimes de la dictature. Il en reste encore. »


Pour en savoir plus … « Salvador Dali, fou du dictateur Franco » - Bruno TUR - Slate.fr

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